Profession: Sage Femme

Profession: Sage Femme

Laetitia (27 ans) a accepté de nous parler de son métier oh combien essentiel et passionnant de sage femme à l’hôpital Trousseau. Rencontre.

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Depuis quand et où es tu Sage-femme ?

J’ai commencé directement après mon diplôme. Cela fait maintenant 4 ans que je travaille à l’hôpital Trousseau dans le 12ème à Paris.

Quelle est la formation pour devenir sage femme ?

La première année de médecine (la P1). Selon ton classement tu choisis ton orientation. Au départ je ne me destinais pas spécialement à devenir sage femme et après une journée d’initiation rude mais passionnante, je me suis lancée. L’école de sage femme rattachée à l’université durait 4 ans à mon époque.

Concrètement quel est le rôle d’une SF ?

Tout le monde sait ce qu’est une sage femme de loin…tout le monde sait qu’elle est là à l’accouchement mais personne ne sait vraiment ce qu’elle fait ! On ne sait pas grand chose d’elle finalement.

On peut tout à fait consulter une sage femme à la place du traditionnel gynécologue de ville par exemple. La Ssage femme assure le suivi gynécologique des femmes (pas forcément enceintes d’ailleurs) et dès que quelque chose devient pathologique, nous la redirigeons vers un médecin.

Traditionnellement les femmes ont une gynéco de ville et quand elles sont enceintes leur gynéco leur propose de les suivre ou bien leur recommande un hôpital où faire ce suivi. La gynéco de ville peut suivre une patiente jusqu’au 6ème mois et après c’est généralement une sage femme qui prend le relais si vous accouchez dans un hôpital (parfois un gynéco comme ça été le cas pour moi qui ai accouché au franco britannique à Levallois)  Si vous choisissez une clinique ce sera plutôt un gynécologue qui vous suivra.

La sage femme peut être présente, selon les cas donc,  du début à la fin de la grossesse et jusqu’au 14ème jour après l’accouchement. A l’hôpital elle assure le suivi de grossesse (consultations) les echographies, les cours de préparation à l’accouchement , les séances d’acupuncture etc, le suivi du travail, l’accouchement (c’est la sage femme qui accouche) quand tout se déroule bien et c’est elle qui fait appel à un médecin en cas de complications quand le bébé ne vient pas ou qu’il se fatigue. C’est également elle qui pratique le 1er examen pédiatrique du nouveau né et qui le réanime si besoin.

Il y a aussi les sages femmes libérales qui font du suivi à domicile, des échographies suivis de grossesse et de la rééducation périnéale. 

C’est très complet en fait ! 

Oui, il y a plusieurs aspects et c’est ça qui est intéressant. Chaque étape est différente. Dans les suivis de grossesse c’est génial de  voir changer les mamans pendant et après la grossesse. Tu travailles avec le couple, avec la mère. L’accouchement en lui même c’est une étape différente. A Trousseau on fait des roulements : 6 mois de consultations, 6 mois de salle de naissance, 3 mois de suites de couches, 6 mois dans le service des Grossesses à Haut Risques , 1 an dans le service du diagnostic antenatal…

Les préparations à la naissance est-ce utile ?

Pendant la grossesse, des cours de préparation à la naissance sont proposés par des sages femmes. Il y a 2 façons de les suivre. Soit de patiente à sage femme soit en petits groupes de femmes. Ce sont 8 séances d’une heure remboursées par la sécu. On parle de tout : qu’est ce qui se passe dans mon ventre ? quand faut-il venir à la maternité ? que faut-il apporter ? A quel moment c’est  urgent ? Allaitement ? pourquoi la césarienne ? et on y pose toutes les questions qu’on souhaite. Je recommande ces cours qui me semblent utile pour les mamans dont c’est le premier bébé. Mais cela dépend des femmes. Chez certaines femmes: moins elles en savent mieux elles se portent ! D’autres pensaient savoir plein de choses mais en fait ne sont plus si sures que ça le terme approchant… Quoiqu’il en soit c’est utile pour être informée. Pour un 2ème enfant certaines choisissent de ne pas y assister. Mais des questions peuvent surgir à tout moment ! alors n’hesitez pas mesdames !! Et qu’elles n’hésitent pas dès qu’elles ont la moindre question à appeler la maternité et demander à parler directement à une SF.  Elles sont là pour ça aussi ! Pour les plus anxieuses qui ont un doute sur la prise d’un médicament elles peuvent consulter le site du CRAT (un site de référence des médicaments autorisés pendant la grossesse et l’allaitement) Sinon je déconseille d’aller sur les forums sur Internet qui font peur plus qu’ils ne rassurent et où on y lit parfois n’importe quoi.

Hôpital ou clinique ?

Il y a des femmes qui ont peur de l’hôpital qu’elles trouvent trop grands, trop froids. Elles ont l’impression d’être un numéro, ça les angoisse. La clinique les rassure, elles se sentent dans un cocon. C’est compliqué de répondre à cette question. Tout dépend de quel hôpital ou de quelle clinique on parle. Demandez à votre gynéco des conseils et à vos amies qui ont accouché. Pour ma part (je n’ai pas d’enfant) je choisirai d’accoucher dans un hôpital parce que maintenant que j’y travaille je vois les différences de prise en charge et que toutes les patientes qui y sont suivies le sont avec beaucoup de professionalisme  d’attention et de considération.

Autre conseil : Ca paraît logique mais choisissez plutôt une maternité proche de chez vous.

On a beaucoup entendu parlé des SF il y a  quelques mois qui se sont mises en grève

Nous sommes 20000 SF en France donc pas nombreuses. La grève est partie d’une loi de santé publique dans laquelle nous n’étions pas intégrées.

Actuellement les SF , profession médicale à part entière, sont classées à l’hôpital dans la fonction publique hospitalière cat A (c’est à dire payées et considérées au même titre que le personnel paramédical) Ce que nous avons demandé c’est un autre statut. Le même que celui des praticiens hospitaliers.  On souhaite une reconnaissance médicale, être intégrées dans le seul statut médical qui existe à l’hôpital. On est bac +5 et reconnus bac + 3, on aimerait une meilleure visibilité de notre parcours une reconnaissance de l’ensemble de nos compétences, une information éclairée du public de tout ce que les sages-femmes peuvent pratiquer, afin d’aider à la continuité des soins pour la santé des femmes ! en plus de ça on est moins chères que les gynécologues donc on ferait faire des économies à la sécu 😉

Quelles sont les qualités requises pour devenir SF ?

Ca n’était pas une vocation à la base. J’ai appris mon métier en le pratiquant. Mieux vaut avoir du sang froid, c’est certain, savoir gérer l’urgence, rassurer tout en travaillant dans l’urgence, être à l’écoute. C’est une grande responsabilité mais on grandit vite dans ce métier là.  A chaque fois je trouve ça génial de faire un accouchement et les quelques moments où je me sens  un peu fatiguée, moins patiente, je vois un couple trop mignon et je reprends du poil de la bête ! Le travail en équipe apporte beaucoup aussi. Les études étaient dures. Dans ce milieu d’urgence tu n’as pas le droit à l’erreur. C’est  quand je suis devenue sage femme diplomée que j’ai  apprécié encore plus mon métier. Je suis heureuse d’aller bosser. Pour rien au monde je ne changerai de boulot.

Comment gères tu ce rythme de vie décalé ?

C’est vrai que le rythme est fatiguant mais on est mis au parfum dès nos études. Je fais des gardes de nuit et  je dors beaucoup entre pour récupérer. Je n’ai pas d’enfant donc j’imagine que c’est plus facile. On travaille un week-end sur 2 dans le meilleur des cas,  c’est un peu plus difficile pour la vie sociale, mais l’entourage s’adapte très bien même s’il ne comprend pas toujours quels sont les jours de la semaine où nous travaillons , on a  un rythme difficile à suivre ;-).Quand on est dehors la journée en pleine semaine , c’est très calme ce qui est appréciable. Mes amis me disent que j’ai de la chance.  On change de service régulièrement ça aide.

Derniers conseils aux futures mamans ?

Quand on est enceinte pour la 1ère fois, on reçoit une avalanche d’infos qui viennent des amies, de la famille.  Il faut penser que c’est sa grossesse, son bébé. Il faut s’écouter soi ! Tenter de prendre les choses au fur et à mesure comme elles viennent, tranquillement. Si vous êtes angoissées, ne prêtez pas attention à ce que vous entendez (c’est difficile!) Même d’une grossesse à l’autre pour la même femme cela peut être très différent. Essayez de rester le plus possible zen, posez les questions au moment voulu et suivez les cours de préparation à la naissance. Il faut être prête et accepter que les contractions qui viennent progressivement sont ce qui va permettre à votre bébé de venir dans vos bras, accepter ces changements corporels et parfois douloureux nécessaires à tout le bonheur qui suit. Heureusement la péridurale existe ! Et c’est vraiment efficace pour vous aider à mettre au monde votre bébé! Ayez une alimentation équilibrée (à la fin de la grossesse on prend généralement beaucoup de poids.)

Il existe plein d’activités pour se relaxer pendant la grossesse ; l’haptonomie (science de l’affectivité ) c’est top pour apprendre à connaître son bébé et ici le papa est indispensable pour ces cours. Le yoga prénatal, le chant prénatal. Je recommande ces préparations douces. Ou la natation idéale pour se détendre. Ecouter de la musique.

Des anecdotes ?

J’ai eu la chance de suivre une 2ème grossesse d’une maman. C’est chouette quand tu retrouves des parents. J’ai aussi retrouvé par hasard la maman du premier bébé que j’avais fait naitre !  Les papas qui tombent dans les pommes…

Souvent les parents t’envoient les faire–parts parfois des chocolats, un mot gentil, parfois des fleurs… ou bien une bouteille de champagne !

Un petit mot sur les pères ! Ils disent presque tous qu’ils ont l‘impression de ne servir à rien le jour de l’accouchement et nous leur rappelons que leurs femmes ont au contraire plus que jamais besoin d’eux à ce moment là, de leur présence pendant la poussée pour être soutenue et encouragée. Les pères sont pères à la naissance. J’adore voir les pères devenir père. Ils pleurent mais ils ne veulent pas pleurer, et la première fois ou ils le prennent dans leurs bras ! et qu’ils ont peur de « casser » le bébé. Ils sont hyper émus, c’est très intérieur pour eux. C’est vraiment très touchant.

Dans une maternité de niveau 3 (prise en charge la plus haute en pédiatrie(réa etc…) on voit également plus de précarité sociale, des filles mères et des accouchements sous x ou des femmes ou nouveau-né ayant de graves pathologies.

On voit aussi des mamans qui perdent leurs bébés pendant la grossesse, des interruptions médicales de grossesse. Ca fait aussi partie du métier. On met alors tout en oeuvre pour les accompagner le mieux possible dans leur deuil.

Quels sont les prénoms à la mode en ce moment ?

La tendance est aux vieux prénoms (ceux de nos grands-parents) comme Emile, Auguste, Léonard, George (merci Kate !) Gaspard, Joseph. Et il y a aussi les  intemporels Paul, Louis,  Gabriel, Augustin, Jeanne, Louise. Sinon un peu plus moderne comme Ella, Théa . Pour l’anecdote on a eu «  Very Happy »i l n’y a pas longtemps !!

MERCI Laetitia !



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